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Bonne année mon cul

Plus d’un mois que rien n’a été écrit sur ce site. Plus de 30 jours de silence quand il y a quelques années nous n’aurions pas manqué de commenter les diverses annonces de ganaderías que 2020 verra combattre. Nous avons l’âge (15 ans en octobre 2020) d’un vieux chat bien fainéant, parfaitement ronchon qui préfère se prélasser, se lécher les couilles et le reste entre deux doses de croquettes. Les vieux chats regardent la vie comme elle est, en plissant les yeux, en détournant parfois le regard et en feulant quand on les fait chier. On attendra que le poil d’hiver soit emporté par les brises du printemps. Il y aura des corridas en 2020, en France et ailleurs et pour l’instant rien (ou si peu) n’incite à cesser de se prélasser au creux d’un canapé douillet. Un ami disait que c’était un peu con cette histoire de voeux. Ce n’est pas faux mais s’ils sont sincères envers ceux qui comptent, ils ne font pas de mal. Nous ne vous voulons pas de mal, amis lecteurs, alors meilleurs voeux à toutes et à tous… on feulera plus tard.


« Il était temps que janvier fît place à février. Janvier est de très loin le plus saumâtre, le plus grumeleux, le moins pétillant de l’année. Les plus sous-doués d’entre vous auront remarqué que janvier débute le premier. Je veux dire que ce n’est pas moi qui ai commencé. Et qu’est-ce que le premier janvier, sinon le jour honni entre tous où des brassées d’imbéciles joviaux se jettent sur leur téléphone pour vous rappeler l’inexorable progression de votre compte à rebours avant le départ vers le Père-Lachaise…

« Dieu merci, cet hiver, afin de m’épargner au maximum les assauts grotesques de ces enthousiasmes hypocrites, j’ai modifié légèrement le message de mon répondeur téléphonique. Au lieu de “Bonjour à tous”, j’ai mis “Bonne année mon cul”. C’est net, c’est sobre, et ça vole suffisamment bas pour que les grossiers trouvent ça vulgaire. Plus encore que les quarante-cinq précédents mois de janvier que j’ai eu le malheur de traverser par la faute de ma mère, celui-ci est à marquer d’une pierre noire. Je n’en retiens pour ma part que les glauques et mornes soubresauts de l’actualité dont il fut parsemé. C’est un avocat très mûr qui tombe, sa veuve qui descend de son petit cheval pour monter sur ses grands chevaux.

« La gauche est dans un cul-de-sac. Madame Villemin est dans l’impasse, tandis que, de bitume en bitume, les graphologues de l’affaire qui ne dessoûlent plus continuent à jouer à Pince-mi et Grégory sont dans un bateau. Côté bouillon de culture, Francis Huster attrape le Cid avec Jean Marais. Au Progrès de Lyon, le spécialiste des chiens écrasés et le responsable des chats noyés, apprenant qu’Hersant rachète le journal, se dominent pour ne pas faire grève.

« Le 15, premier coup dur, Balavoine est mort. Le 16, deuxième coup dur, Chantal Goya est toujours vivante. L’Espagne — fallait-il qu’elle fût myope — reconnaît Israël. Le 19, on croit apercevoir mère Teresa chez Régine : c’était Bardot sous sa mantille en peau de phoque… Le 23, il fait 9 °C à Massy-Palaiseau. On n’avait pas vu ça, un 23 janvier, depuis 1936. Et je pose la question : qu’est-ce que ça peut foutre ? Le 26, sur TF1, le roi des Enfoirés dégouline de charité chrétienne dans une entreprise de restauration cardiaque pour nouveaux pauvres : heureusement, j’ai mon Alka-Seltzer.

« Le 27, l’un des trois légionnaires assassins du Paris – Vintimille essaie timidement de se suicider dans sa cellule. Ses jours ne sont pas en danger. Je n’en dirais pas autant de ses nuits. Le 29, feu d’artifice tragique à Cap-Kennedy. Bilan : 380 tonnes d’hydrogène et d’oxygène liquides bêtement gachées. Et le soir du 31, comme tous les soirs, Joëlle Kauffmann embrasse ses deux garçons. Et elle entre dans sa chambre. Elle est toute seule. Elle ne dort pas très bien.

« Enfin voici février. Sec comme un coup de trique et glacé comme un marron. Avec son Mardi gras qui nous court sur la crêpe. C’est le mois de saint Blaise, qui rit dans son ascèse, et de sainte Véronique, qui pleure dans les tuniques. C’est aussi le temps du carême, où les maigres chrétiens d’Éthiopie peuvent enfin jeûner la tête haute pour la seule gloire de Dieu. Les statistiques sont irréfutables : c’est en février que les hommes s’entre-tuent le moins dans le monde ; moins de tueries guerrières, moins de rixes crapuleuses, moins d’agressions nocturnes dans les rues sombres du XVIIIe, où l’insécurité est telle habituellement que les Arabes n’osent même plus sortir le soir. Jusqu’au nombre des cambriolages qui diminue de 6 % en février.

« Et tout ça, pourquoi ? Après les enquêtes scientifiques les plus poussées, les sociologues sont parvenus à cette incroyable conclusion : si les hommes font moins de conneries en février, c’est parce qu’ils n’ont que 28 jours. Quant au mois de mars, je le dis sans aucune arrière-pensée politique, ça m’étonnerait qu’il passe l’hiver. »

Pierre Desproges, février 1986.

  1. Anne-Marie Répondre
    Je sais Laurent, je ronchonne. Enfin, cette bonne année mon cul est arrivée ! Merci. Merci pour vos vœux également. Un peu tristes, certainement. Que 2020 nous donne le plaisir de vous lire encore et encore, et que, accessoirement, elle nous donne de bons taureaux.
  2. Gino RICCI Répondre
    Bonjour, Il faudrait peut être vous renouveler. Votre titre ainsi que votre texte bien sûr empruntés à Desproges sont les mêmes que l'an dernier !!! Quant au reste, ce n'est que de l'illusion … comme la vie et encore plus peut être exister ! Cordialement
  3. Gino Ricci Répondre
    Bonjour, Quelle surprise !!! Vos vœux 2019 : "Bonne année mon cul" … vos vœux 2020 : "Bonne année mon cul". Vous faites donc un copier coller de vos vœux et donc du titre et texte empruntés à P. Desproges. Il faudrait vous renouveler !! Cordialement. G.Ricci PS : auriez vous, l'obligeance de ne pas supprimer mon message comme vous l'avez fait de celui que j'ai envoyé précédemment.
  4. Laurent Larrieu Répondre
    Monsieur Ricci, Vous constaterez que votre premier message n'a pas été supprimé. Quant aux voeux de ce site, ils sont les mêmes depuis bien plus avant que l'an dernier. Cordialement
  5. Anne-Marie Répondre
    Un peu tardivement je me permet de répondre car ce que je lis me désole. Monsieur Ricci, nous sommes nombreux, nous, à l'aimer et à l'attendre cette bonne année mon cul. Et effectivement, depuis de nombreuses années. À l'année prochaine CyR !

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