Les festayres ont fini de répandre tripes et boyaux sur les trottoirs de la cité montoise et les toros sont morts. Une semaine après la fin de cette Madeleine 2026, les membres de la commission taurine extra-municipale qui oeuvrent en collaboration avec une empresa du Sud-Est ont tenu à dresser un premier bilan de cette feria « que nous aimons tant mais qui nous le rend mal…parfois » ainsi que le déclare son président. Cependant, globalement, c’est la satisfaction qui prime au sein de cette équipe qui jure ses grands dieux qu’elle « a les mains libres pour choisir toros et toreros » face aux critiques de certains, « toujours les mêmes » d’après eux, qui sous-entendent qu’à Mont de Marsan la CTEM n’est là que pour servir de caution locale à des choix déjà validés par l’empresa.
Il y eut d’abord cette corrida d’ouverture marquée par la présence des « piquants » Jandilla, c’est ainsi que les annonçait la brochure d’annonce des cartels en février. « Ce fut une course passionnante grâce à l’entrega des toreros qui savaient où ils venaient ! Borja Jimenez a donné de lui-même comme d’habitude mais l’épée s’est refusée à lui malheureusement sinon il pouvait couper une patte au moins et puis le jeune Marco Perez, en étoile montante du toreo, a laissé de jolis détails que les connaisseurs ont su voir. À un moment donné, entre la 66ème et la 67ème passes, il a légèrement relevé la main droite pour faire mieux passer le bicho qui fatiguait. C’était un geste de grand torero, de grand lidiador ! ». Mais dans cette corrida, c’est Andrès Roca Rey qui semble avoir marqué le plus les esprits. Le héros du film Tardes de soledad a enchanté le public en sautant au-dessus de ses deux toros « après avoir enchaîné quatre passes inversées, il faut le noter » insiste le président qui ne cache pas sa joie à l’évocation de ce moment rare et unique. Andrès a été un monstre car il savait « où il était, il a tout donné, la preuve ? Il se fait attraper en saisissant la queue du cinquième sur une fin de série. Comme quoi, le danger est toujours présent, il ne faut jamais l’oublier. Son entorse du pouce droit évolue bien d’après les médecins ». C’est ce danger attendu par tous qu’ont fourni les Jandilla qui « certes n’ont pas été grandioses au cheval mais qui après ont chargé franchement dans les muletas. La faiblesse ? On pourrait plutôt mettre en évidence leur caste qui a permis à tous les six de se relever à plusieurs reprises pendant les lidias ».
Le lendemain, « ce n’était pas la même histoire avec les terribles Escolar ». « Ils ont été au niveau où nous les attendions. On peut juste regretter une présentation trop uniforme au niveau des robes de ces toros. C’est un peu dommage et on l’a fait savoir au ganadero d’ailleurs. Le jeune Antonio Ferrera, que nous surveillons de près depuis 2 ou 3 temporadas, a confirmé son dynamisme face à tant de difficultés. Pas de regret de lui avoir donné sa chance. Il a su la saisir. Il savait où il venait ». Et Dorian ? Le local de l’étape ? « Dorian a été digne et c’est ce que nous espérions. Lui aussi savait où il venait. Il ne venait pas de loin mais il savait où il mettait les pieds. Il avait déclaré que ce serait la corrida la plus difficile de sa jeune carrière et il a su montrer aux aficionados qu’il savait où il venait. Pepe Moral a touché les deux meilleurs toros, ceux qui se laissaient faire et disons qu’il est un peu passé à côté. Peut-être traverse-t-il une baisse de… rythme disons. Nous ne lui en voulons pas. De toute façon, ce n’est pas comme s’il y avait beaucoup de matadors à contracter dans cette catégorie des toros durrisssimes. Il y a peu de noms qui émergent. On fait avec ce qu’on peut vous savez ».
La corrida majuscule fut celle qui était la plus attendue. Le solo de Luque qui restera dans les annales on imagine. « Extraordinaire. Daniel a été fabuleux. Il savait où il était. Il a été énorme de poder et d’arte. Et puis, indulter 5 des 6 toros, on a vécu un rêve éveillé ! Si le Daniel Ruiz avait eu la force de traverser l’arène pour rejoindre les corrals, il le graciait mais le destin en a voulu autrement. C’est comme ça. Il faut savoir affronter l’adversité et se dire qu’on fera mieux la prochaine fois. Heureusement que les autres étaient côté toril quand est tombé le mouchoir, ça nous a aidé, il faut l’avouer ». Difficile de faire mieux tout de même. « Oui c’est certain. Le public savait où il était et il a connecté avec Daniel. Je ne sais pas si les gens s’en sont aperçus mais à un moment donné, Daniel a souri. Je crois que cela dit tout sur son état d’esprit durant cette course. On devrait le renommer Daniel Luxe ! ».
Par contre, les Zacarias Moreno de la veille n’ont pas permis comme vous l’espériez. « Non, il faut le dire. C’est un élevage intéressant qui a sorti de belles courses à San Lorenzo de la Couillas ou Castagnetas de la Sierra Negra en 2021 et c’est pour cela que nous les voulions à tout prix. Malheureusement, il ont manqué un peu de fond ». C’est un euphémisme non ? Même la radio locale connue pour savoir caresser dans le sens du poil a décrété en direct qu’ils avaient été très mauvais, c’est dire. « Très mauvais je ne suis pas d’accord. Ils avaient quelque chose en eux mais c’est vrai qu’il leur a été difficile de l’exprimer après leur premier tour de piste. Le troisième par exemple, au moment de s’élancer pour la seconde paire de banderilles, a eu un démarrage avec beaucoup de race, de grande classe. Il faut le souligner je crois. Nous n’avons pas eu de chance c’est tout. Il faisait très chaud ce jour-là. C’est un élevage phare qu’il faudra suivre encore ». Perera, c’était vraiment le bon choix ? « Bien-sûr. Il est incontournable. Son toreo varié, profond, serré en fait la référence actuelle des figuras. Les femmes s’arrachent le soutif pour venir le voir exprimer son génie, les hommes jalousent son originalité. Perera fait rêver et de plus il savait où il était ! À un moment donné, il a même souri ».
Heureusement, les Victorino ont assuré le final. « Oui, ils ont bien clôturé cette superbe édition 2026 avec une corrida exigeante à qui on ne pourra que reprocher le peu de variété chromatique, ce que nous n’avons pas manqué de faire remonter à l’éleveur. On a des relations très directes avec Victorino et on lui dit les choses, nous, à Mont de Marsan. On verra l’an prochain s’il nous a écoutés mais je crois que notre message est passé ».
Un bilan rapide de la novillada ? « Superbe novillada. Les José Cruz ont eu beaucoup de classe et ont servi la terna de jeunes dont notre Clovis national. Sûr qu’il s’est converti au Domecq ! Ils ont humilié. Ils ont rampé. Ils ont collaboré. Je crois même qu’on aurait pu indulter le troisième mais il était du mauvais côté de l’arène et n’aurait pas pu traverser le ruedo pour rentrer aux corrals. C’est dommage, ce novillo avait une telle classe. Mais c’est ainsi, il faut savoir rester humble et se contenter de ce que l’on a ». Un dernier mot concernant le public ? « Le public de Mont de Marsan sait où il est. C’est un public parfois froid au démarrage malgré la chaleur mais c’est un public qui sait s’emporter. On l’a vu sur les fortes demandes d’indulto pour la corrida de Daniel ou sur les pétitions d’oreilles durant toute la feria. Les gens étaient heureux. C’est ce qu’on veut nous. Rendre les gens heureux. Après, il reste toujours une frange mécontente au soleil et qui l’exprime très fort, trop fort. Ça manque de classe je trouve. On accepte la critique mais il faudrait hurler moins fort quand même. Peut-être faudrait-il interdire la consommation de bière dans les arènes. On va y réfléchir pour les saisons à venir. Voir ces personnes imbibées n’est pas un spectacle très classe pour les enfants. Cela donne un mauvais message aux jeunes générations. Il y a des peñas qui savent montrer leur mécontentement en silence, on ne demande pas autre chose. Et puis vous savez, depuis le callejón, c’est difficile parfois de comprendre ce qu’ils hurlent. A cause de l’alcool, ils n’articulent pas assez. C’est très désagréable. C’est ce que me disait un artiste islandais que nous avons invité. Lui et sa femme ont trouvé que le spectacle était gâché par ces vociférations incessantes. Vous savez, quand vous êtes en bas, c’est difficile d’expliquer à un Islandais ce que signifient les mots afeitado, chèvre, cojo, rata, j’en passe. Heureusement, maintenant il y a l’IA, ça aide ».
L’équipe de la CTEM repart au travail, « dès le mois d’août, pour préparer au mieux la feria 2027 en tenant compte évidemment des critiques et des remarques de tout le monde. On sait où on est ! »
