Vigo en Europa League, match à oublier, rumeurs dans le parcage : les bagnoles louées à l’aéroport de Porto sont abîmées. Ici et là, on retrouve en effet des pneus crevés par quelques valientes du cru. Tant qu’à y être -en Espagne et sur la côte autant aller manger une paella à Valencia. Train, tunnels, lever de soleil, tunnels, Madrid, Chamartín, metro, petit déj, Atocha, ah non, Chamartín, suée, train, Valence-Sorolla, banlieue : paella! Attaque du riz grillé à la cuillère, on racle à même l’acier, chacun son couvert et pas de pitié. La patronne a punaisé une photo sous une pochette en plastique de son Cuba natal. La paella du Chinois est bien aussi, mais le décor est infâme. Dit-on.
La petite a 18 ans, il faudra finir par dire la grande. L’organisation d’une fête surprise est un grand mensonge. Une machination. Mentir est un art infiniment sous-coté : stratagèmes, livraisons cachettes, diversions, complicités, le gâteau Bad Bunny sans gluten commandé en louce-dé dans une boutique sans vitrine, logistique furtive, novio rapatrié des îles. À ce rythme, on est bientôt prêt pour faire de la contrebande de brut à Hormuz. Corrida de La Quinta, jolie mais faible. Il a plu, beaucoup, tout l’hiver dans le Sud. Jamais contents. Trop de soleil au début sur trop de sommeil (trains, tunnels, paella…) Fortes pas tres bien et même carrément mal aux aciers. Román a pris Bolivar pour apoderado, parfois on se demande… Román siendo Román. De la distance mais un peu loin (je ne sais pas si vous suivez). Pas mal, pas dingue. Mal à l’épée alors rentre à pied ! David De Miranda, vieille connaissance, bientôt 10 ans d’alternative, Ponce dans le callejón, avec des chaussures pour se regarder tant on est beau en pantalon blanc et implants corbeau. Drôle d’attelage avec le gars de Huelva. Miranda a quelque chose : du temple, une silhouette, des burnes, on l’imagine mal puntiller des voitures portugaises garées dans la nuit même si de Trigueros aussi on peut entendre un peu de fado en tendant l’oreille les jours de vent d’ouest. Il sait y faire avec le toro, le public, il coupe une oreille au 6. Pas sûr d’adorer le style ni le « concept ». Pas sûr que Ponce arrange les choses.
Le soir, la police municipale est de sortie au village : on aurait fait péter des pétards « borrachos » qui rebondissent partout et sont désormais interdits. Les gamins ont des mèches qui se consument pour leur petite pyrotechnie, tels des artilleurs de guerres en dentelles, les membres des Fallas arborent des uniformes avec leurs surnoms brodés derrière. Tout cela est merveilleux, il y a même des habitas à la carte de la « Tasqueta ».
Recortes, le matin, entrées générales et plein jusqu’à la bandera. Coupes de cheveux de teu-bê dans les gradins et en piste, ça sent le « chocolate » (en résine fumable, pas en tasse) et ça picole : les regards ne gagnent pas en vivacité. Encierro de Galache, vas-y que je te quièbre, que je te recorte, un reverso par ci, un salto par là. Mention (d’un non-connaisseur) pour les quiebros de profils en rentrant le ventre et pour cette bizarrerie qui consiste à se laisser poursuivre par le toro et claquer un saut pér’ arrière au dessus du bestiau. Inimaginable. Pas sûr que Flo soit d’accord, mais il a d’autres chats à fouetter, des complots d’anniversaire à ourdir et une chienne aveugle qu’il aime d’amour.
Six Victoriano del Rio pour Talavante qui annonce la couleur : caca d’oie (mais faudra penser à consulter pour la digestion) soutaché de noir et or, une vomissure, Roca Rey et Samuel Navalon (bien habillés). Parti au 4, les avions n’attendent pas. Le vendeur d’almendras « el Cordobés » a repris la saison, ils sont quatre dans la boîte, je lui dis que je ne le trouve jamais quand j’ai besoin à Las Ventas. Il a l’air d’avoir 12 ans et une alliance, il pose le panier à côté de moi alors que je sors de table, drôle de vie. Roca fait monter la sauce au 2 et double pinche, Talavante traite distraitement avec distance les écarts du 1, puis ennuie tout le monde au 4 (« Dulce »), longue faena, début à genoux, Arrucina, le trompettiste qui joue le solo de Nerva déborde le torero sur sa droite et récolte les applaudissements les plus mérités du moment. Infâme avec les lames, mentir est une activité sur-cotée muleta en main. Samuel Navalón donne la leçon au 3, bien jusqu’à un final gentiment démago dans les planches où le toro s’est rendu. Pinchazo, entière, une oreille et un mouchoir bleu (pardon ?). La trompette du Soro en ouverture. Le public est une clameur « Torero ! Torero ! »
Metro (5 ou 3 directs), aéroport, vérification de la porte opposée. On revient quand ?

