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La beauté intranquille du toro

Ganadería António Silva (Pinto Barreiros / Juan Pedro Domecq y Díez et Conde de la Corte) / Coruche (Ribatejo)


En 1994, à Vic-Fezensac, la rumeur annonçait et attendait depuis quelques semaines un lot dantesque de madame Dolores Aguirre Ybarra. En cette fin de siècle, internet n’existait pas et les aficionados n’avaient pour fantasmer que les revues spécialisées et quelques émissions de télévision dont celle de France3 sud, « Face au Toril » qui, fort à propos, s’était rendu à Constatina pour filmer un lot de cinqueños présentés comme des aurochs ancestraux mais étonnamment refusés fin 1993 à Saragosse.

Le premier Dolores d’une après-midi qui resta dans les mémoires était imprésentable de cornes et déclencha une bronca orageuse et prémonitoire puisqu’à mi-course le ciel lilas se déchira comme une feuille de papier sous les coups de tonnerre et les éclairs. A la sortie du second, le public s’apaisa en s’émerveillant de la beauté du bicho qui, patatras, s’emmêla les pinceaux en rematant aux planches obligeant le président à dérouler le mouchoir vert.

Alors, la corrida devint pègue. Ainsi, pénétra dans le ruedo gersois un machin de plus de 700 kilos, cornicorto, carifosco et dont le phénotype empruntait beaucoup plus au bison d’Amérique du Yellostowne qu’au bos taurus ibericus des cercados d’Estrémadure. Chopera liquidait dans la grogne générale un bestiau corralero au sujet duquel seuls les artisans bouchers auraient pu légitimement émettre un semblant de convoitise. Manso perdido enregistré à 9 sur l’échelle de Richter de la mansedumbre, il s’en fallut de quelques secondes pour qu’Oscar Hígares ne le rende intact à Chopera et aux couloirs de ses plazas. N’est pas Buffalo Bill qui veut. Ce truc terrible portait le fer d’un élevage finalement peu connu en France et même ailleurs : La Cardenilla. Du Juan Pedro Domecq y Díez élevé à El Gordo en Estrémadure et racheté en 1984 par une société anonyme qui le rafraîchit en 1985 avec des reproducteurs du Conde de la Corte.

C’est justement cette même année 1994 qu’un ganadero portugais, lui aussi méconnu en France, prit la décision de croiser son bétail d’origine Pinto Barreiros depuis les années 1930 avec des reproducteurs et des vaches achetés chez la Cardenilla.

António Patrício Henriques da Silva était le fils d’António Garcia Henriques da Silva, médecin et professeur mais néanmoins éminent aficionado, l’un n’interdisant pas l’autre. L’histoire familiale raconte que c’est au terme d’une tienta à laquelle il assista chez Pinto Barreiros qu’il prit la décision d’acheter à ce dernier, sur le champ ou presque, quinze vaches. Bouffé par l’afición, le docteur réitéra l’opération l’année suivante (certaines sources donnent 1928 comme année de naissance, d’autres 1935) en s’offrant le semental ‘Bailador’, vaillant soldat de l’armée des braves qui officia plus de seize ans. Transmis à son fils donc, António Patrício, l’élevage, s’il resta absent des circuits espagnols et français, devint une des références lusitaniennes en vendant moult sementales à ses confrères, particulièrement durant les années 1960 que l’on peut considérer être son apogée. A fouiller un peu l’histoire des ganaderías portugaises de la seconde moitié du XX° siècle, force est de constater que si Pinto Barreiros et Oliveira Irmãos furent le socle de la majorité d’entre elles, c’est entre autre par l’emploi de reproducteurs d’António Silva que ce socle acquit de sa consistance.

C’est donc à la fin de son mandat qu’António Patrício injecta dans ses Barreiros le sang frais de La Cardenilla. Depuis, la ganadería d’António Silva est propriété de la fille d’António Patrício, Madalena Lapa, qui maintient ce patrimoine très parladeño par pure tradition familiale. En vérité, c’est sa jeune fille, Sofia Silva Lapa, qui dirige les tientas et la sélection, aidée dans son oeuvre par son maioral José Inacio ‘Janica’. L’élevage n’a pas grossi et maintient environ soixante-dix vaches de ventre. Les deux lignées ont été croisées pour donner un toro des plus sérieux, musculeux, solide et souvent très armé. Depuis les années 1930, le bétail est « caché » dans les environs de Coruche, dans une herdade sans fausse note, sans barrière de métal, sans taurodrome, sans toutes ces modernités qui ôtent au toro sa beauté intranquille et sauvage.

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