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This is not contemporary bullshit !

6 toros de Baltasar Ibán : Santanero II, n°13, 10/14, 575 kg (remplacé par Argentino de Montealto, n°24, 12/14, 530 kg) – Camarito, n°71, 02/15, 570 kg – Santanero I, n°5, 11/13, 559 kg – Arbolario, n°81, 05/14, 548 kg – Mexicano, n°62, 02/14, 544 kg – Gallito, n°58, 02/15, 589 kg


Madrid passe de l’hiver à l’enfer, radical privilège continental. Sans parler d’enfer, les élèves de l’école taurine de Madrid passèrent par des moments compliqués trois heures et six vaches durant sous l’implacable soleil de midi du Cortijo Wellington. Pas de printemps cette année, pas de buglosses officinales pour colorer le campo de violet. À un jet de pierres de là, le caudillo bouffe toujours les buglosses et les pissenlits par la racine sous sa croix de béton en attendant son hypothétique relogement. Depuis que Pedro Sánchez a commencé à agiter la dépouille du Généralissime comme d’autres un chiffon rouge, l’Espagne s’agite dans le leurre, ne serait-ce que pour convenir qu’on se moque éperdument de cette histoire, et le sanctuaire ne désemplit pas. À neuf euros l’entrée, les moines sont ravis. « La vie est une arène où celui qui ne torée pas embiste« , hommage du PSOE à Ignacio Sánchez Mejias. 

Pendant que les novilleros et élèves de l’école se lavent, se soignent et se changent, Miguel Rodríguez, 49 ans de cigarettes, de soleil et de toros nous entretient de diverses choses : l’importance de la torería, les facultés techniques de la génération actuelle et sa tendance au pegapasisme, l’exigence de la profession. « Je n’ai pas été figura parce que je n’ai pas tué les quelques toros que j’avais « cuajés » à Madrid, les figures tuent dans les moments importants ». Il a tué de tout en l’occurrence : Cuadri, Pablo Romero, Dolores, etc. « Pas beaucoup de Juan Pedro ? » demande Domingo, le mayoral : « Juan Pedro : aucune ! » Quelques lustres plus tard, au moins cela fait-il sourire.

Il est aussi question de la raya. Le Rubicon taurin : Cruzar la raya, en assumer les risques en pleine conscience, ou monter dans les tendidos, c’est le choix. Le soir même face aux Adolfo, Román illustra parfaitement le concept en allant chercher une oreille au courage face au cinquième malgré un puntazo de 5cm reçu au premier toro : aguante, croisement, estocade à la vie à la mort. On peut ne pas adorer le style du Valencien (c’est mon cas), mais difficilement lui contester d’assumer l’exigence de la profession. Fracture de la clavicule pour De Justo quelques jours plus tard : trois contrats supplémentaires pour Román pour la Pentecôte : Nîmes, Madrid, Vic. 

L’élevage de Baltasar Ibán présentait hier une course magnifique, digne de Madrid, homogène de présentation : trois noirs de quatre ans appairés à trois castaños de cinq ans. Plus spectaculaires les vieux, plus lourds les noirs. Dans l’ensemble, le lot vendit chèrement sa peau, sortit vif et exigeant au capote, lutta et fut châtié au cheval, sema la panique aux banderilles et s’éteignit en fin de faena. Les cuadrillas semblèrent inaptes à lidier pareille course, à l’exception notable de Domingo Siro au 5ème et invariablement dépassées, ce qui n’enlève rien au mérite d’avoir été en piste.

Le premier fut remplacé pour faiblesse (peut-être le violent coup de cape d’Oscar Castellanos, dépassé lors de ses trois lidias) par ‘Argentino’, un negro salpicado de Montealto sans trapío, manso compliqué certes mais non sans possibilités au troisième tiers que Curro Diaz ignora complètement, tâtonnant longuement à gauche, picotant un peu à droite, metisaca et entière tombée, légers sifflets. ‘Camarito’ se moquait bien du capote de Pepe Moral virevoltant au vent comme si la vie n’était pas assez compliquée comme ça, poussa en brave, fixe sur deux piques appuyées, soulevant le cheval deux fois sans le renverser. Compliqué aux banderilles, il déploya sur quelques séries une charge difficile, mais lourde de caste qui acheva de faire perdre les papiers au sévillan, sans sitio ni confiance. Quatre séries plus loin, le toro se réserva et abandonna la partie. Pinchazo, pinchazo profond et descabello. 

Avec ‘Santanero I’ sortit le premier des cinqueños, qui se vit infliger une pique en arrière avant de renverser le groupe équestre. Grosse ration de fer à la deuxième rencontre puis nouvelle capea aux banderilles. Pas moins de 6 passages pour laisser quatre banderilles sur le dos du toro. El Sirio fut pris apparemment sans conséquence à la sortie de la sixième rencontre. Début de faena sans relief pour « apprécier » la charge brusque et violente du toro, touchant souvent le leurre en balançant un coup de tête à la sortie de la passe. Román décida donc de franchir la fameuse ligne et de jouer sa peau de la main droite, se croisant sans cesse, baissant la main, aguantant les charges aléatoires, les départs fulgurants et les gañafones du toro. Tentative à gauche sans aide avortée. En fin de combat, le toro chercha les planches, Román le cita pour un volapié en donnant la sortie contraire dans les tiers. Indéniable volonté de tuer dans les règles, mais muleta restant dans l’axe, ‘Santanero I infligea une cornada cauchemardesque à Román, tournant une éternité sur la corne, jeté à terre la cuisse bouillonnant de sang. Épée entière toutefois et oreille exigée par le public proprement horrifié.

Curro Diaz eut l’immense mérite de digérer immédiatement l’événement et de profiter de la charge de ‘Arbolario’ sur la corne droite. Brindis à l’infirmerie et courte faena à droite, comme souvent relativement distante mais impactant le public par quelques détails dans les remates notamment, l’empaque impeccable, la torería incontestable dans pareilles circonstances. Épée entière légèrement tombée et oreille unanime pour la thérapie de groupe. Implacable contraste avec Pepe Moral retrouvant avec ‘Mexicano’, outre une nouvelle estampe rousse et noire, un toro compliqué, peu enclin à humilier poussant fort sous deux rations de piques et semant lui aussi le capharnaüm à l’heure des banderilles pour se réserver à la muleta. Loin, désarmé, probablement près de paniquer, le torero andalou s’y reprit à six fois pour finalement infliger 2/3 de lame plate sous les sifflets. ‘Gallito’, noir et beau, s’en fut foutre la même pagaille sur le sable, deux tiers durant. C’est à gauche cette fois-ci que Curro Diaz l’entreprit, plus croisé qu’à l’accoutumée, souvent de face, arrachant des passes accrochées à un toro de faible charge sans parvenir à broder une faena. Pinchazo et bajonazo.

Course âpre, difficile, sans merci, ni autre récompense que le sentiment d’avoir fait honneur à la profession et le goût de se sentir vivant, le lot de Baltasar Ibán sera probablement moins demandé par les toreros en 2020 que cette saison. On est même en droit de penser que c’est une bonne chose. Présent pour sa première corrida aux côtés de Chapu Apaolaza, Edouard Limonov, fut invité par son voisin à livrer ses impressions : « This is not contemporary bullshit ! » – à tous les niveaux… Et c’est une raison suffisante.

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