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Obri(gado) bravo XXXVII


Épisode XXXVII : Manuel Agostinho Pontes Dias (Pinto Barreiros) – Herdade da Pelica, Fortios.


De toute façon, la suite le confirme. Au cours des années 1980, années durant lesquelles Manuel Agostinho Pontes Dias fait l’acquisition de la herdade da Pelica (1986), il n’eut de cesse de façonner sa ganadería autour du sang Pinto Barreiros. Ce furent en premier lieu des étalons de Brito Paes, Cunha e Carmo — dans la ligne Pinto Barreiros car ce dernier élevage détenait aussi des origines Veragua — et surtout Oliveira Irmãos. L’influence Oliveira Irmãos fut même renforcée durant les années 1990 par un certain ‘Talenteiro’ — même si l’éleveur mentionne un autre reproducteur comme majeur depuis le début du XXI° siècle dans son élevage, un certain ‘Oliveira’, n° 52 et negro— qui était peint comme une châtaigne. C’est d’ailleurs une des particularités de la vacada de Pontes Dias que de présenter un très grand nombre de pelages colorados ou castaños alors même que cette diversité chromatique semble beaucoup moins prégnante dans d’autres ganaderías issues de la même dérivation. Que ce soit chez Veiga Teixeira — on se rappelle évidemment le très encasté castaño ‘Pasionarito’ lidié à Orthez en 2012 —, Brito Paes ou Rocha, il faut reconnaître que le negro impose une mode « vestimentaire » que l’on pourrait qualifier de dictatoriale. Chez Pontes Dias, on se rapproche de la démocratie dans laquelle, normalement, les minorités sont respectées et un rapide coup d’oeil donné aux vaches de ventre permet de comprendre que les pelages marrons ont même plutôt la majorité à l’assemblée. Parmi eux émergent des hautes herbes printanières certains spécimens chorreados tant en verdugo qu’en morcillo. Le chorreado est un accident de pelage qui présente des raies verticales courant du haut du dos jusqu’au au bas du ventre sur le flanc de la bête. Si les raies sont claires sur un fond plus foncé on parlera de chorreado en morcillo et si c’est l’inverse, raies foncées sur fond plus clair, on évoquera alors le chorreado en verdugo. Pour l’aficionado français, la terminologie des pelages de toros de lidia est un univers qui semble sans fin et qui porte en lui le bonheur de l’inconnu et de locutions étranges et délicieuses parées de sonorités exotiques qui nous évitent, souvent, d’en saisir le sens plus prosaïque. Le terme « chorrear » peut ainsi se traduire, selon les variantes, par les mots couler, ruisseler ou même gicler. Un toro chorreado serait donc un astado dont le pelage serait marqué par des coulures ou des giclées mais on préfèrera l’idée moins cradingue de ruissellement. Si l’on associe morcillo à chorreado, la poésie perd tout de suite de sa force onirique puisqu’il s’agirait finalement de coulures de boudin. En ce qui concerne le chorreado en verdugo, l’expression fait référence aux marques d’un fouet sur la peau ; un fouet qu’aurait utilisé un bourreau (un verdugo) qui en est la traduction littérale. Mais nous venons de l’écrire, nommer les pelages est un univers sans fin et se contenter de chorreado, qu’il fut en morcillo ou en verdugo, ne suffit pas. Toutes les études inhérentes à ce domaine si particulier relèvent l’existence d’autres termes prompts à faire perdre la tête au premier des passionnés de langue hispanique. Ainsi, il est possible d’évoquer un toro alagartado en référence à la coloration de la peau de certains lézards voire même un toro atigrado, c’est-à-dire tigré, mais il convient de mentionner que l’atigrado ne concerne que les colorados chorreados en verdugo et pas les autres ! Et encore, en 1912, Joaquín Belisolá ‘Relance’, dans son ouvrage El Toro de lidia, objecte-t-il que l’atigrado est un alunarado cuyas manchas oscuras son más pequeñas que las del otro color. 

Depuis quelques années, parce qu’il convient d’être raisonnable quand le marché se contracte, Manuel Agostinho Pontes Dias a réduit la taille de l’élevage, comme nombre de ses confrères d’ailleurs. Il n’a pour autant pas tiré de trait sur son objectif premier de faire lidier ses utreros et ses cuatreños à pied, en Espagne, mais la réalité est là et telle que les Pontes Dias sont confinés à Pelica depuis quelques années. Comme d’autres voisins, il sauve les meubles en vendant une partie de la camada à des organisateurs de concours de recortadores ou pour les rues du Levante. Le même nom revient partout comme une épidémie qui se propage et qui profite de la crise comme un mal salutaire pour le vieil éleveur auquel les années et les difficultés n’ont pas ôté la passion du taureau brave. Un temps, il rêva de devenir torero, il était enfant ou adolescent. Il ne le devint jamais si ce n’est lors des tientas de la maison mais le virus fut transmis à son petit-fils Manuel Dias Gomes que l’on imagine couvé par le regard incandescent des magnifiques yeux de sa grand-mère. Elle nous observe déguster la citronnade casera avant que la route ne nous somme de la reconquérir. L’expression de son regard interroge comme si elle hésitait entre une inquiétude voilée et une cordialité curieuse. Elle a épousé l’homme et ses passions, elle a adopté ses démons et ses tourments et l’on se prend à rêver que dans très longtemps, quand on aura son âge, l’on porte sur nous un regard aussi doux et caressant que celui qu’elle offre au quotidien à Manuel Agostinho Pontes Dias, éleveur de toros bravos.

à suivre…

  1. Anne Marie Répondre
    Je suis déjà perdue dans les élevages, alors les pelages... Mais je m'accroche ! Quant à l'amour d'un homme et des toros... Quelle vie.

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