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Obri(gado) bravo XXIV


Épisode XXIV : Herdeiros de António Brito Paes (Pinto Barreiros ligne Cabral Ascensão / Oliveira Irmãos et Domecq ligne Marques de Domecq) – Herdade do Monte Velho, Vale do Santiago.


Depuis la ganadería des Lampreia, il faut compter une petite soixantaine de kilomètres vers l’ouest pour se rendre chez Joaquim José Brito Paes. Un peu moins d’une heure de route soit quatre à cinq clopes écrasées sans y penser par Joaquim Lampreia dans un cendrier en crue. Depuis le café qui achevait une inquiétante incertitude culinaire dénommée dans cette station-service un hamburger ; depuis le café donc, sa décision était prise : il nous accompagnerait chez Joaquim Brito Paes. C’est presque la famille ! Le hamburger était presque un hamburger, Aljustrel est presque en Algarve et la finca de Joaquim, l’aîné des Brito Paes, était presque à côté : quatre ou cinq clopes, soixante bornes, l’ouest, le soleil traître et comme en embuscade depuis partout autour de nous, la poussière rouge puis jaune et les espaces sans fin comme la beauté brute. C’était presque l’Ouest. Nous arrivâmes presque à l’heure convenue à la herdade Monte Velho, joliment alanguie entre les herbes hautes et les branches pendues, sur le municipio de Vale do Santiago, lui-même rattaché à la plus imposante Odemira. La mer presque dans les narines.

Dès le premier sourire de Joaquim Brito Paes qui nous accueillit sur le perron de Monte Velho, le « presque » s’évanouit d’un coup d’un seul, ou, mieux dit, il se mua en un solide tout à fait qui ne prend pas de tirets à la différence de c’est-à-dire qui, lui, en prend, allez savoir pourquoi. Joaquim et Joaquim étaient tout à fait de la même famille et les discussions qui prirent naissance dans le salon alourdi de trophées de chasse et tapissé de l’histoire de la ganadería ne firent que confirmer cette évidence. Les deux Joaquim étaient comme des frères, plus que de vrais amis ; à l’image de leurs ganaderías respectives, des soeurs, qu’ils menaient et concevaient de façon identique. L’épaisse moustache jaunie par le tabac attrapait le regard, évidemment. Et sans curiosité ni volonté d’en voir plus, l’oeil n’aurait pas perçu la malice, un rien enfantine, d’un regard bleu incapable de dissimuler le plaisir de causer de toros avec un quarteron d’inconnus venus de loin. La sagesse de l’âge était ailleurs, peut-être inscrite dans les rides du front, celles que la vie creuse comme de vieux fleuves le font dans la terre, une sagesse donc, coincée entre ce regard d’enfant malin et un crâne que le temps a rendu lisse comme le cul d’un nouveau-né.
La sororité des deux élevages est évidente. Le mot correspond assez bien : sororité… à condition de l’envisager dans une acception étymologique puisque le terme descend du latin « soror », soit la soeur. Depuis les années 1970 et depuis les États-Unis, il était devenu un tic de langage de mouvements féministes plus ou moins radicaux et qui, plus que moins, ne saquent pas les hommes. Il refait parler de lui ces dernières années, ici dans la bouche d’une ministre à la voix de fillette capricieuse, là comme accompagnement érudit du hashtag (atroce palabre !) metoo. Bref, autrefois, il y a très longtemps, le mot sororité faisait référence à une « relation ou une qualité de soeur », le dictionnaire renvoie même en référence au Tiers Livre de Rabelais. Profitons-en alors pour citer cette vertigineuse énumération de Rabelais : « puis fiantait, pissait, rendait sa gorge, rotait, pétait, bâillait, crachait, toussait, sanglotait, éternuait et se mordait en archidiacre… » et revenons ensuite à nos Joaquim dont la sororité, nous l’écrivions plus haut, est une évidence, malgré la moustache du second. Les deux ganaderías sont soeurs et ont des soeurs ces ressemblances qui parfois ne sautent pas aux yeux mais qui se révèlent incontestables dans certains détails, dans cette posture, dans une intonation de voix ou ce bougé d’épaule. Comme des frères mais en femmes et puis, dans les langues ibériques, le mot élevage, masculin en français, est féminin, ici ganadería et là ganadaria ; féminin et c’est logique parce que les mères y sont fondamentales, par qu’on y voue un culte à la naissance, à la sélection, à la bravoure, à la caste, à la vie et à la mort. Et tout est féminin.

à suivre…

  1. Anne Marie Répondre
    Yes, elles font de beaux gamins ces vaches. Ouf.. Je me sens revive en ces temps obscurs. Je ne boude plus. Merci Laurent. Une pensée pour les éleveurs de nos chers Toros et bonne santé à tous. En espérant des temps meilleurs et que notre Aficion résiste.

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